Identité culturelle sans autosatisfaction – du sens de la poésie

Dédié à mon lecteur fidèle d’Ixelles

« Chers collègues, X organisera bientôt une nouvelle session d’examens linguistiques. L’inscription se fait individuellement jusqu’au 25 janvier au moyen d’un formulaire disponible sur simple demande auprès de X. Vous trouverez de plus amples informations dans le document en annexe. »

Extrait de la vie quotidienne.

Sans frapper à la porte, j’entre dans ma propre maison, chez moi. Franchement, je suis le fils d’un émigrant / émigré et le fruit d’une double union européenne. Mon père a perdu son père pendant la deuxième guerre et a dû quitter son pays pour gagner sa vie et se retaper une santé. Ainsi, près de la frontière entre la Belgique et la France, il a rencontré une fille, née d’un père français et d’une mère belge. Cette fille est devenue ma mère.

Né belge, quoi. Patriote alors. Ou bien citoyen du monde? Je marque, remarque bien, par une question. Il y a d’ailleurs de quoi devenir poète, non. Comment? Vous ne vous posez pas cette question, on vous pose en question. On? C’est qui? C’est peut-être le nouveau ministre d’identité nationale. Ou des affaires d’identité nationale.

Quelle affaire? Une affaire brûlante, à voir la banlieue de Paris.

Je suis non seulement intégré dans ma patrie, j’y ai pénétré dans la fonction publique. Contrairement aux mœurs belges, je ne défends pas la supériorité du français par rapport au néerlandais, malgré les différents niveaux culturels entre les francophones et les néérlandophones. La poésie toutefois est mon pays par excellence, elle qui globalise le monde.

Dès lors, il ne faut pas croire que les Amerlos globalisent le monde. Ils tentent de l’occuper. Dans la poésie, ont globalisé le monde: Adonis, Lucebert, Octavio Paz, Wallace Stevens, Hans Faverey, Pom Wolff et d’autres, sans doute. André du Bouchet peut-être. Ailleurs, ont globalisé le monde: Jacques Brel, Georges Brassens, Georges Simenon, et bien d’autres.

La langue c’est le peuple. Eh non, une langue, c’est tous des peuples. Plus on connaît de langues, plus on est humain. L’avantage de l’émigré. L’occupant par contre dédaigne les langues et impose la sienne.

La poésie est la langue fortifiée, pénétrée aussi et pénétrante. Pénétrée de la vision globale que rien au monde ne vaut …. Tenons cela en suspense. Tôt ou tard, on le rencontrera, nous frappant. La direction se réserve tout le droit, le client est roi. La démocratie égale l’état de droit. La poésie se réserve la culture, son lecteur égale le voyageur. Il faut pouvoir quitter sa maison et risquer l’aventure. Pas de bureau de voyage.

Il ne faut pas poser la question où le poète en veut venir. Il est question de découvrir. La découverte est le domaine commun au poète et au lecteur. Tout poème doit faire émerger le poète hors de lui-même, vers l’autre (de lui-même ou d’ailleurs).

La culture n’est pas affaire personnelle ni individuelle ni nationale. Elle transgresse ces catégories. Si elle n’arrive pas à les transgresser, elle échoit, réduite à la culture des pommes de terre. Le débat de l’identité nationale, aux Pays-Bas, en France, est-ce la fin de la culture voire de la civilisation? Ou sera ce l’eau croissante qui réduira le monde, suite au réchauffement du climat voire des têtes?

La poésie, si elle globalise, peut-elle promouvoir l’intégration? En cette matière, le président de l’association Communication pour les Marocains à l’étranger, poète d’antan, disait que l’humour pourrait mieux jouer ce rôle. Hélas, les Marocains d’origine ont un autre sens de l’humour, voire aucun. Donc: non. En attendant leur intégration, il semble plus évident que la poésie soit moins différente, la nôtre de la leur.

Ayant traduit quelques poèmes de poètes marocains, vivant en Belgique et au Maroc, les ayant publiés dans la revue Brutaal. En outre, l’été passé, à Rabat, j’ai été reçu en tant que poète. Mon cri n’est pas vide: l’échange de quelques poèmes peut aider à avancer l’état de l’intégration.

Il est évident qu’il y a moyen de réfléchir et d’argumenter plus, mais cela me mènerait plus loin, trop loin.

NB: (Pour les Chinois, les Turcs, les Polonais, etc., la même chose)

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