Discours sur l’amour

Pour Kamiel Choi (*)

Kamiel s’est récemment demandé ce que c’est l’amour. Il s’est vachement approché de la source de ce bien. Il appelle cela l’imagination. A juste titre. Pour Jacques Lacan, c’est l’ordre dans lequel le jeu règne, le jeu des signifiants et des significations, le jeu de mots, le jeu du langage. L’ordre symbolique. Développons cela.

Tout d’abord, lorsque les amoureux passent à leur jeu d’amour, ils entrent dans l’ordre symbolique. Écrire leurs corps nus avant même que leur souffle commence à haleter. L’homme en a son membre gonflé, la femme ses lèvres. Ils se caressent en silence l’un l’autre, leur corps se révèle peu à peu. Il commence à s’inscrire dans l’ordre symbolique. Un amant mord dans l’oreille d’un autre sans la déchirer. Il ou elle le fait doucement, l’oreille brille et fleurit encore plus à l’intérieur. Il ou elle décrit un mamelon chez l’autre personne, le mamelon gonfle et brille et fleurit plus à l’intérieur. A l’intérieur, jusqu’à ce qu’il atteigne les parties qui sont appelées la zone génitale et deviennent alors au moment même un sanctuaire par excellence et par incellence.

Ce sont les zones érogènes où naît eros. La respiration, selon Lacan, est une zone érogène mal étudiée mais il est clair que c’est par le spasme qu’’elle entre en jeu. Jouissance pour finir, en beauté. Culminer.

Il y a, pour ainsi dire, une chance raisonnable que ce jeu soit joué avec amour. Il peut être joué au même prix et avec moins de plaisir sans amour.

Voilà tout d’abord.

 

Ensuite, nous abandonnons Lacan et allons un peu plus loin dans l’ordre symbolique. Un poète moderne régulièrement entre en scène dès qu’un poème se présente et qu’il commence à écrire. Par association, le sexe suit un chemin libre, la poésie s’écrit tout aussi bien, les mots tombent les uns vers les autres en grappes sur le papier, créant ainsi un ordre dans lequel beaucoup de choses peuvent s’éclairer. Toute personne qui rêve entre dans l’ordre symbolique. Ce n’est pas pour rien que le membre masculin se lève dès qu’il entre dans le rêve. L’ordre symbolique joue aussi dans le rêve, dans la poésie (au moins au sens moderne) et dans le jeu de l’amour. Avec une main douce, elle domine la pensée et l’action et le lâcher prise. La poèsie tout comme l’amour est un processus de lalangue.

 

Cette transition nous mènera à l’un des poètes les plus éminents, le mexicain Octavio Paz, qui a reçu à juste titre le prix Nobel de littérature. En plus des poèmes, il a écrit beaucoup d’essais, j’en suis jaloux. L’un de ces essais traite du passage du rouge au violet, de la passion à l’amour. Le jeu de l’amour est d’abord plein de passion, de couleur rouge. Une fois que vous avez vécu l’abandon complet de l’être aimé, vous devenez fasciné et continuez à approcher l’être aimé de cette façon. Avec les années, la passion est substituée par l’amour, le bleu l’emporte sur le rouge.

Alors, Kamiel, j’espère que vous avez ici un supplément à votre subtile réflexion sur l’amour.

octavio paz souritLacan

(*) Kamiel est un ami de média social, notamment présent à deux de ces médias. Il habite en Corée du Sud. D’origine des Pays-Bas, il y est retourné pour quelques semaines au début de l’année, alors que moi-même me trouvais en Afrique du Nord.
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