Le retour des rois mages en orient

 

« Nous sommes venus dans la forêt profonde et obscure guidés par l’ombre. Or, nos chefs sont pâles, ils sont vides de sang, du sang oriental, et pâles comme des têtes occidentales. Nous sommes venus guidés par l’ombre. »
G. Apollinaire, les faux rois mages dans ‘L’enchanteur pourrissant’.

 

 

1. Las d’une vie sans épice le voyageur finit
par quitter la table et le lit, un cheval l’attend.

Sans cesse des chants maintenant se répètent.
Si tu en es là tu es bien parti pour du bon.

L’austère linge tombant le flot des sons
et l’écho des cors et des cordes t’emmèneront
à ce que de peu près citrons et oranges, fenouil
et poivre à vrai dire font tout un plat.

Mais tu n’en goûteras pas
avant d’atteindre le lieu à mille lieux
désigné pour l’annone qui te sera offerte.
Enivré de toutes les odeurs le voyageur finit
par quitter la table pour se coucher au nouveau lit.

 

2. Au lointain dans ces palais d’antan
murmurent les chaussures: nous sommes ici
bien protégés des lumières extérieures.

Sans vouloir le mentionner comme de rien
il n’était le voyage se dessine
dans tous les sens. Us et coutumes nous vont
les uns mieux que les autres tels des costumes
qu’à l’offre du marché nous choisissons.

Et les routes de la vieille Europe
mènent vers des continents plus anciens
déjà sous-jacents routes au bout desquelles
les temps et les espaces statuent d’emblée
sur cette statue marbrée de chair
sans la moindre ombre de duvet à la lueur
des bougies quand le soleil sera couché.

.
Quelle approche pour si peu si ce n’était
que tout de somme s’y retrouve.
Tout près dans cette demeure lointaine
murmurent les voix glissant dans une haleine
sans mentionner le trajet érogène.

 

 

3. Au moins sous l’épiderme le fleuve cherche
à se faire une voie navigable une voix praticable.
Râles et suffixes suffoquent mais Ève, eh bien,
elle crève d’autosacrifice sur l’autel

de son malheur par elle-même. C’est con
et c’est le contexte dans lequel l’oracle
clame la débâcle. Par-dessus le marché
le voyageur autographique cherche à son tour

la voie navigable afin de surmonter
au moins l’épiderme.
Tout en là, rien à ça
fadelidom domfadeli.

 

 

4. Le creux n’a d’yeux larmés
que pour les caves silencieuses qui font
parler mais ne parlent pas. Y reflue
hurlant le métal prêt à couler à coaguler.

.
Si tu t’en rends compte
au tournant que prend la route
à la sortie de la cavité déroutante
tu verras à travers les brumes de la nuit levante
le lièvre sortir à la lumière noire
sans courir
de risque de ta part pour ce que le battement
atteint ton cœur hurlant sans crier.

 

5. Aurait-on dit une drôle de tempête qui lui
est arrivée sur son chemin vers l’oasis au nom
de Got-à-large eau? Goutte à large dos.
Quand elle monte personne n’en a soufflé mot

et la voilà vaste à en perdre pied. Nous sommes gens
à mettre du plomb dans les chaussures au lieu
de gouttes dans le sang quittes à consacrer la cruauté
tant convoitée des anges en chute libre de l’animal

dans son envol de serpent à plumes
aux yeux à l’éclat vert
tournant au pourpre.
Il y en a qui descendent du chameau.
L’animal qui nous véhicule
va plus vite mais quel tigre!

 

 

6. A la brise, ravi et rafraîchi, tel prophète
en profite et s’exclame:
« J’ai envie de phrase et de paraphrase
de me changer les idées ! »

.
A ras le sol son ras le bol rase le col
de la brume matinale. L’idée le tente
de quitter le pays de plier tapis et tente
et de remettre à demain l’horizon au loin.

.
Que rien ne l’empêche! l’ardeur rêche
le verra bien qui pèche
contre les écritures inédites.
Mais à la longue champs d’orge
et flux de clapotis l’enchantent
pour les écritures à réécrire.

 

 

8. Man Ray Rain Man Mandlikova
comment les étoiles naissent-elles au firmament ?
Ces obscurs objets d’un désir ardent prennent feu
au beau geste ou au beau regard. Beauvoir.
La fusée me trépide qui lance geste et regard.
On verra le jour un jour et la lumière à l’ombre
du soir. Mallarmé et Coltrane on dirait
cold trane larme mal larmée. Belavion

qui plane daredare
le col ne nous colle plus
à la peau sous la cravate
pendus nous sommes au ciel
de notre crâne où l’espace
à l’infini nous hante nous chante
et nous fait brûler aspirer
des obscurs objets par-dessus le marché du firmament.

 

 
9. L’argent de l’Argentine écrit d’un air d’Apollon
fait-il fortune, vaut-il voyage et espoir?

Amène ton cœur même de plomb
tu ne reviendras plus, il sera en or.

Par la brèche qui te sera ouverte de fait
et en cause la matière entamée coulera.

Il n’y a pas de quoi regarder
les yeux pleins de larmes

celui qui quitte tout pour se répandre
et chercher refuge en lui
qui te montrera d’autres étoiles
invisibles que tu toucheras en secret.

L’Argentine n’est plus loin, l’El Dorado se dore en toi
lorsque tu te réveilleras dans des odeurs de toutes nuances.

 

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