j’avoue

Comme les gens veulent maintenir la liberté en rendant ce maintien un objectif, ils se trouvent dans un dilemme à partir duquel ils transgressent, en parole, les limites du cosmos: ils deviennent avares ou bien des fanatiques religieux

Ce sophisme purement alcoolique de Kobo Abé dans son livre ‘Un autre visage‘ a déclenché dans mon chef un mécanisme.

1. Il y a des poètes qui savent que parfois les mots font s’éclaircir un brin d’éternité. Ils ont alors le choix entre, d’une part, la mélancolie, la bile noire et ils deviennent alcooliques ou bien ermite (dans l’espoir d’arriver à un aphorisme tel le précité); la probabilité que quoi que ce soit s’éclaircisse se perd. D’autre part, ils peuvent commettre le vol en creusant si loin dans les mots qu’ils arrivent à y extorquer un brin. En tous cas, il est difficile de rester sobre. La griserie, tant de moyens y mènent. Qui volera le plus loin?
J’y réponds par une autre question: combien haut est le Nord, combien profond le Sud? Comment peux-je circuler, aller et retour, sur l’axe Nord-Sud? À coté de cette axe se trouve l’Orient.

2. Je veille à ce que, en écrivant, je ne m’enchevêtre pas. Dans ma vie, je me suis enchevêtré quelques fois, j’ai su me démêler plutôt que de me pendre. Le risque se trouve dans la forme. En la prenant trop stricte – j’espère que demain sera un jour comme aujourd’hui – je me déforme et m’enchevêtre. C’est pourquoi la liberté des formes est vitale.
Au bureau, je porte rarement un costume avec cravate. Un jour, revenant du Luxembourg, je suis apparu en trois pièces avec cravate en soie. Mes collègues m’ont applaudi spontanément. Je ne l’ai fait qu’une autre fois. Non, pas d’uniforme (ité).

La forme variable est plus éloquente que les mots qui la habitent. Une enquête ludique à http://www.pomgedichten.nl/a révélé, entre autres, que je suis plus poète qu’humain. En fait, j’arrive à me dédoubler sans transition. De l’être humain que je suis, mes poèmes reflètent très peu. J’y suis une part d’un ensemble qui me dépasse: un animal dans la nature, une image vague dans un flux d’images, un éclat de lumière dans une zone grise. Rarement j’écris de moi.

De l’homme c’est l’homme qui est homme, appelé à l’humanité, obligé de parler. En outre, pourquoi pas, je suis un cricri grinçant, un arbre dansant et quoi encore. D’ailleurs, mes filles me trouvent quelque part un rocher. Professionnellement j’incarne dans une large mesure la rationalité. Je ne connais qu’un poète aussi dédoublé que moi: Octavio Paz. Peut-être qu’il y en a d’autres, mais je ne les connais pas, c’est de ma faute.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s